Société
Pour un new deal de la confiance
1 juill. 2018
Certaines amphores romaines portent encore la marque d’un sceau, apposé pour garantir à leur acheteur le volume exact d’huile ou de vin qu’elles contenaient. Vingt siècles plus tard, les amphores et leurs sceaux ont disparu mais il existe de nombreux de labels, marques de conformité, étiquetages et certificats pour rassurer les acheteurs sur les produits, biens ou services qu’ils convoitent. C’est normal. Le besoin de confiance et de marques de confiance n’a jamais été si pressant et contemporain.
Hyperagile, mobile, interconnectée, traversée par les réseaux, notre époque se caractérise par l’explosion des échanges globalisés qui rapproche toujours plus de personnes et de systèmes. Ce mouvement complexe est alimenté par la croissance démographique, l’urbanisation massive et la diffusion galopante et démocratique des technologies numériques.
En parallèle, des prises de conscience fortes se cristallisent autour d’aspirations sociétales grandissantes portant sur les problématiques environnementales, sanitaires, démographiques ou climatiques. Finalement, il s’agit de répondre à des enjeux de qualité, de santé, d’hygiène, de protection de l’environnement et contrôle des risques.
Ces deux dimensions, la complexité et les aspirations sociétales pour un monde plus durable, déstabilisent le statu quo de la confiance entre les acteurs économiques.
La confiance, médiateur des échanges et accélérateur de progrès
La complexité est un puissant facteur d’incertitude et rend d’autant plus critique le besoin de confiance, indispensable aux acteurs pour se projeter dans l’avenir. Car l’activité humaine se distingue avant tout par sa capacité à envisager le futur. À le préparer. À le construire.
Mais la complexité est aussi un formidable réservoir d’opportunités ; et la capacité des hommes à réinventer constamment les modalités de la confiance pour tirer profit de ces opportunités est stupéfiante. La multiplication exponentielle des relations et des transactions dans notre monde digital entraîne des craintes et des doutes quant à leur authenticité et fait émerger les nouvelles problématiques de cybersécurité et de gestion des données personnelles. Elle est aussi à l’origine des technologies nouvelles qui contribuent déjà à y répondre.
La blockchain est l’une de ces solutions appelées à irriguer de plus en plus largement l’ensemble des activités humaines et à créer – ou à recréer - la confiance indispensable des acteurs. Elle fournit par exemple le socle de Solution de suivi de la traçabilité alimentaire développée par Bureau Veritas et qui permet au consommateur d’avoir accès instantanément à l’origine des produits qu’il achète et à l’ensemble du circuit qu’ils ont emprunté.
Nouvelles règles sur l’échiquier de la confiance
C’est donc bien un nouvel échiquier de la confiance qui est en train de se dessiner. Et dans cette nouvelle partie, tous — individus, entreprises, associations, institutions — ont un rôle à jouer. L’enjeu ? Recomposer des liens de confiance qui ne sont plus acquis, mais qui doivent se gagner.
Désormais, les engagements de transparence et de responsabilité ne suffisent plus. Tous les acteurs publics et privés, ont besoin de démontrer, expliciter et prouver par des faits la validité de leurs positions sur la transparence ou l’indépendance. C’est une véritable révolution de la confiance, et chaque acteur doit se préparer à ce que l’on puisse exiger de lui des gages concrets.
Car sans cette confiance, rien ne sera plus possible.
La voiture autonome est un exemple frappant de cette nouvelle réalité : la technologie a considérablement progressé et des prototypes circulent déjà sur les routes. Le frein à une généralisation de son usage est ailleurs : il faut d’une part créer un référentiel normatif international autour de cette technologie, notamment prévoir des expérimentations en conditions réelles sur des routes privées puis balisées ; d’autre part il s’agit de construire la confiance envers une technologie qui répond par ailleurs à une tendance sociétale de fond autour de la mobilité et qui est en passe de révolutionner nos usages dans les prochaines années.
Certains acteurs, et particulièrement certaines entreprises, ont su lire ce changement des attentes de leurs parties prenantes. Et ils contribuent à réinventer le logiciel de la confiance et ses nouveaux standards, en prenant des initiatives nouvelles : il s’agit d’aller au-delà des réglementations et des normes. De plus en plus d’industriels dans des domaines aussi divers que l’agroalimentaire, l’énergie, la grande distribution répondent ainsi, voire anticipent, les nouvelles aspirations sociétales en élaborant des schémas volontaires encore plus exigeants dans un travail conjoint avec des tiers de confiance.
Ce faisant, c’est la légitimité à la fois de grandes marques ainsi que celle de pans entiers de secteurs d’activité qui sont valorisées.
Inventer les standards de la confiance au XXIe siècle
Par le passé, l’économie de la contrainte aurait prévalu. Le respect de normes édictées par l’État ou la réponse aux exigences exprimées par les consommateurs auraient été considérés comme des gages suffisants. Ce n’est plus le cas : je crois profondément que l’ensemble des acteurs du monde contemporain doivent désormais s’engager ensemble dans une démarche proactive pour se réapproprier la confiance. C’est en allant au-delà des obligations légales, en encourageant des comportements collaboratifs, ouverts, s’inscrivant dans une stratégie cohérente et de long terme que l’ensemble des acteurs gagnera la confiance de leurs parties prenantes avant que celles-ci ne l’exigent.
Refonder la confiance sur des valeurs de transparence, d’intégrité et d’exemplarité est le grand enjeu de ce début du XXIe siècle. J’ai la conviction que ce qui aujourd’hui peut paraître comme une exigence audacieuse sera le standard demain. Les entreprises qui sauront prendre leur part à ce new deal de la confiance en seront aussi les premières bénéficiaires.