Société

Quand la transparence devient une expertise

28 mai. 2019

La transparence est aujourd’hui considérée comme le nouvel étalon-or de la confiance et apparait comme un rempart indispensable contre de potentiels dysfonctionnements économiques, sociaux et environnementaux. Par ailleurs, les consommateurs deviennent les acteurs et parfois les militants de la transparence. Si bien que la moindre perception d’opacité peut rapidement conduire à une défiance, voire un désengagement vis-à-vis d’une marque.

Mais qu’attend-on exactement d’un industriel ou d’une société de services lorsque l’on exige de la transparence ?

Du fait de la mondialisation de l’économie, les chaînes de valeur sont devenues extrêmement complexes ; elles peuvent compter des dizaines de fournisseurs et d’intermédiaires éparpillés partout dans le monde.

Dans ce contexte, la transparence ne peut se réduire à la mise à disposition du public de toutes les informations brutes disponibles : demander ou imposer une transparence absolue sur un produit ou un process de fabrication se heurterait rapidement à une irrationalité économique. Surtout, cela soulèverait la question de la pertinence de cette démarche : est-il intéressant, nécessaire de tout dire, de tout partager ? Toutes les données sont-elles intelligibles et exploitables par les consommateurs ou les citoyens ?

Le bien-fondé de la transparence réside, en effet, dans la question de sa relativité, en lien avec des attentes de la société en permanente évolution : que souhaite réellement comprendre la société ? Quels sont les points de risque à surveiller tout au long de la chaîne de valeur ?

Il s’agit effectivement de décrypter les données brutes les plus complexes, définir les informations les plus essentielles, les plus pertinentes à partager, plutôt que de dévoiler des secrets industriels, qui mettraient à risque la pérennité d’un certain nombre de marques.

La transparence autour d’un produit revêt trois notions clés : la garantie de l’origine, l’assurance de qualité et, aujourd’hui, la mesure de l’impact sociétal.

- Certifier l’origine, c’est s’assurer de la traçabilité

Pour contrôler l’ensemble d’une chaîne de valeur, nous disposons de  

solutions nouvelles qui reposent d’une part sur des plateformes web (parfois des blockchains) permettant de conserver la trace dans un « registre » d’informations variées relatives à la réalisation d’opérations de contrôles ou de vérification d’un produit ; et d’autre part sur des marqueurs qui permettent de tracer, de suivre le produit tout au long de sa vie.

- Garantir la qualité, c’est s’assurer de la conformité à des réglementations, des standards nationaux ou internationaux ou bien à des labels et référentiels définis par les industriels eux-mêmes, qui définissent les critères de sécurité et de qualité.

- Répondre aux aspirations sociétales en faveur d’une meilleure protection de l’environnement, de produits équitables davantage respectueux des communautés locales, des droits humains, c’est ce qui a mené les marques à s’engager vers plus de transparence sur la façon dont elles font vivre leurs valeurs. Les moments de vérité les plus redoutés par les marques sont les scandales sociaux, éthiques, sanitaires. La confiance que vous avez alors placée dans une marque peut immédiatement être remise en question dès lors qu’un événement révèlera une inadéquation avec vos valeurs.

La transparence entretient justement une relation de réciprocité avec la confiance : elle se nourrit d’elle autant qu’elle la fonde.

Lever l’ignorance pour établir une transparence digne de confiance ne doit pas être considéré comme un acte moral : c’est une expertise.

Pour cette raison, garantir l’origine, la qualité ou l’éthique des processus de fabrication demande l’expertise et le sceau de sociétés comme Bureau Veritas. La transparence n’est pas de l’auto-proclamation ; elle doit reposer sur des méthodologies portées par des experts-médiateurs, des tiers de confiance, impartiaux et indépendants.

Dans cette quête de transparence, la révolution numérique est un atout majeur. La convergence de technologies (telles que le cloud, l’Internet des objets, l’analytique et plus récemment la blockchain) permet un accès facilité, une compréhension, une collaboration et une traçabilité sur une masse d’informations jusqu’alors impossible à traiter par l’humain.

Là encore, toutes ces données qui fournissent aux industriels plus de transparence sur leurs chaines d’approvisionnement et aux consommateurs-citoyens plus de clarté sur les produits qu’ils consomment, n’ont de valeur que dans la mesure où une tierce partie en garantit la fiabilité.

Depuis presque 200 ans, l’industrie des Tests, de l’Inspection et de la Certification joue un rôle central dans l’économie entre les industriels, leurs assureurs, les administrations, les pouvoirs publics et les consommateurs.

En s’assurant que les réglementations et les normes sont respectées, en contribuant à l’émergence de nouveaux labels, en vérifiant la qualité des informations collectées, en établissant des référentiels avec les parties prenantes, ou encore en cartographiant des risques le long des chaînes de valeur, Bureau Veritas apporte aux entreprises et aux administrations la confiance dont elles ont besoin tout en leur permettant, à leur tour, de rassurer leurs écosystèmes et leurs consommateurs.

La transparence est devenue à ce point cruciale dans la construction de la confiance vis-à-vis d’une marque qu’elle apparaît comme le New Deal, la nouvelle norme de l’économie globale. Elle ne doit pas être vue comme un diktat, mais comme une formidable opportunité de refonder le dialogue entre un industriel, une marque et les consommateurs citoyens.

Après plus de deux siècles d’existence, la mission de Bureau Veritas n’aura jamais été aussi porteuse d’avenir.


Didier Michaud-Daniel, Directeur général
Cette tribune a été publiée dans L’Opinion le 22 mai 2019