DNA

Quand l’ADN contribue au progrès environnemental

13 nov. 2019 - 3 min

Dans de nombreux films et séries, les tests ADN sont associés à la résolution de crimes. Cependant, l'identification de ce matériel génétique élémentaire à la vie présente des avantages qui vont bien au-delà de l’identification d’un coupable dans une enquête criminelle. L'ADN, en effet, peut aujourd’hui être utilisé pour améliorer pratiquement tous les aspects de la société, notamment en matière d’environnement.

« L’analyse de l’ADN est un outil extrêmement puissant » confie Aron Weir, responsable chez BV Labs, filiale canadienne de Bureau Veritas, qui propose une large gamme de services relatifs à l'ADN. Des analyses portant sur les animaux à la police scientifique, en passant par la sécurité alimentaire et les tests génétiques : les tests ADN sont utilisés pour affiner les connaissances et permettre de prendre des décisions plus éclairées.  « Y’a-t-il des bactéries ou des contaminants dans la nourriture que nous commandons au restaurant ou que nous nous procurons en grandes surfaces ? À la plage ou à la piscine, l'eau dans laquelle nous nageons est-elle propre ? Face à ces questions, un simple test ADN permet de détecter la présence ou non de signatures génétiques problématiques », explique Aron Weir.  

ADN et eADN, de l'agriculture à l’écologie 

Dans l’agriculture, les tests ADN sont utilisés par les phytogénéticiens et les éleveurs d'animaux pour étudier la résistance aux maladies et obtenir des informations sur les meilleures caractéristiques génétiques pour un élevage.  

Quand il est appliqué aux questions environnementales, l'analyse ADN s’avère être encore plus puissante. À première vue, le lien entre ADN et écologie n’est pas évident. Pourtant, il semblerait que l’ADN puisse jouer un rôle important dans la préservation de la biodiversité et dans la lutte contre les effets du changement climatique. 

Ce qu’on appelle « ADN environnemental », ou « eDNA », fait référence à un ensemble de techniques relativement nouvelles, développées depuis 2008, utilisées pour localiser des espèces vivantes dans un environnement naturel spécifique. Les organismes vivants relâchent en effet du matériel génétique dans leur environnement (peaux mortes, cellules de plantes, excréments, fluides corporels), qu’il est facile de collecter dans l’eau, les sédiments ou les échantillons de sol. « Cette technique est sur le point de révolutionner les méthodes d’évaluation écologique et environnementale ! », se réjouit Aaron Weir.  

Cette innovation qui permet la détection d’espèces sans observation directe ou capture de l’organisme à étudier présente de nombreux avantages pour les scientifiques. « Si nous pouvons voir ou photographier facilement une espèce, l’eDNA n’est pas utile. En revanche, si nous parlons d’espèces déclinantes, proches de l’extinction, alors les spécimens sont rares. Pour les préserver, nous avons besoin de pouvoir les localiser afin d’agir en conséquence et les protéger. Aujourd’hui, il suffit aux biologistes d’accéder à l’environnement en question, de prélever un litre d’eau et de l’analyser pour rechercher les traces d’eDNA ». 

Bureau Veritas, qui est devenu le premier laboratoire canadien agréé pour les tests eDNA en juin 2019, a été impliqué dans plusieurs enquêtes écologiques basées sur l’ADN en tant que prestataire de services d’analyses. L'une d’entre elles portait sur les grenouilles-à-queue, une espèce côtière menacée, présente en Colombie britannique (Canada). La grenouille-à-queue est considérée comme une espèce « bioindicatrice ». Si l’environnement n’est pas sain, dans le cas par exemple où les eaux sont contaminées par une activité minière, de la pollution ou des agglomérations, les espèces amphibiennes, très sensibles, sont souvent les premières à disparaître.

« Le problème, c’est que ces grenouilles vivent dans des habitats spécifiques et qu’elles sont difficiles à repérer. Elles ne coassent pas, n’émettent aucun son, leur cycle de vie est long et elles pondent leurs œufs discrètement sous des pierres. De fait, elle sont très difficiles à écouter, à observer et à trouver pour les biologistes », explique Aron Weir. 

En analysant simplement l’eDNA présent dans les échantillons d’eau, l’étude a permis d’identifier les cours d’eau où vivait l’espèce en question. « Les grenouilles-à-queue côtières ont été trouvées dans plus de zones que ce qu’indiquaient les relevés écologiques classiques. La cartographie de leur présence aide les autorités et les personnes responsables de la protection de l’environnement à identifier les habitats à protéger pour préserver cette espèce », rappelle Aaron Weir. 

ADN: Un impact positif sur nos vies 

Et ce n’est qu’un début. Le potentiel de l'ADN intéresse des personnes qui souhaitent approfondir leur connaissance d’elles-mêmes et de leur patrimoine génétique. Cela a encouragé des entreprises à proposer des services personnalisés, jusqu’alors jamais vus.  

Les tests génétiques proposés directement aux consommateurs, bien qu'encore interdits dans certains pays (en France, par exemple), ont rencontré un très grand succès. Certaines entreprises revendiquent plus de 10 millions de clients et ont attiré plusieurs centaines de millions de dollars d’investissements. Le tourisme génétique (que l’on retrouve sous l’appellation « voyages sur les traces de vos ancêtres » ou « excursions généalogiques ») est devenu une tendance à part entière : en fonction des résultats de leurs tests ADN, les personnes se rendent dans les régions éloignées où leurs ancêtres avaient coutume de vivre ou bien avaient leurs racines.  

L'ADN va sans aucun doute avoir une incidence considérable sur la santé et la médecine. « Dans un futur proche, nous bénéficierons d'une médecine personnalisée », prédit Aron Weir. « Aujourd'hui, lorsque vous prenez un médicament, la liste des effets secondaires peut-être très longue – maux de tête, douleurs d'estomac, fatigue... Avec les progrès de la recherche en génétique, le système médical intègrera vraisemblablement d'ici 10 à 20 ans des tests ADN de routine, et le médecin connaîtra votre réaction probable aux médicaments, ainsi que l’efficacité attendue et les effets secondaires possibles. Ceci va largement améliorer la qualité de vie des personnes ». 

Dans un avenir plus lointain, une personnalisation encore plus poussée pourrait advenir. « Il se pourrait très bien qu’un jour nous disions au revoir à notre passeport actuel émis par les agences gouvernementales avec notre photo dessus. Il se pourrait, qu’à l’avenir, nous ayons des passeports-ADN », affirme Aron Weir, ajoutant que « l'essentiel sera d'évaluer quelles politiques autoriser et lesquelles apportent un bénéfice réel à la société ». 

Pour l’heure, l'agriculture, l’écologie, la santé, la sécurité et la résolution de crimes bénéficient déjà des progrès effectués en matière de tests ADN, induisant un impact positif sur nos vies comme sur la planète.